Interview pour le groupe « Alerte Croquettes Toxiques »

Le groupe facebook « Alerte Croquettes Toxiques » et ses 100000 membres, témoigne du souci grandissant des possesseurs de chiens et chats  pour l’alimentation de leurs compagnons. Évidemment, la cible principale du groupe animé par Gilles Vouillon, ce sont les croquettes. Sur ce point, nous nous rejoignons, et le titre provocateur de mon livre « Pour en finir avec les croquettes pour chats » ne laisse planer aucun doute sur le sujet. Toutefois, ce n’est pas un brûlot sur les croquettes mais une source d’informations scientifiques fiables, dans laquelle les lecteurs peuvent piocher voire s’inspirer. Les solutions que je préconise sont loin d’être révolutionnaires, mais réalistes. Je les prescris quotidiennement à mes patients félins.

En effet, je reste ancré dans la réalité et je suis conscient que tout changement majeur ne peut se faire que par étapes. Alors, mon voeu le plus cher en ce début d’année 2020, serait que l’industrie du petfood cesse de dénigrer cette prise de conscience collective en se montrant plus transparente, et en participant de fait à la naissance du nouveau paradigme qui se profile pour l’alimentation des carnivores domestiques. Une utopie ?

Voici le contenu de l’interview que j’ai donné à Gilles Vouillon, 16 questions qui illustrent ma « philosophie nutritionnelle » pour les chats (https://drive.google.com/file/d/1QKSNpr07jwVOI5QsOZCfeXzOWlIhR1z9/view?usp=sharing).

Pour en finir avec las croquettes pour chats
Dessin Eric Ronceray

DANS VOTRE OUVRAGE, VOS CONVICTIONS ET VOS RECOMMANDATIONS SONT PARFOIS EN CONTRADICTION AVEC LES ARGUMENTS SCIENTIFIQUES DES SPECIALISTES EN NUTRITION ANIMALE. SUR QUOI VOUS FONDEZ-VOUS ?

D’abord, en science, il n’y a pas de vérité absolue.

Ensuite, la base de la science, en biologie notamment, c’est l’observation. C’est ce que je m’efforce de faire au quotidien. J’observe, je confronte mes observations à mes intuitions, je les vérifie et je tente de trouver des explications en les recoupant avec les publications scientifiques déjà existantes. Ainsi j’affine mes propres théories. Mais je suis aussi lucide. Je suis prêt à abandonner mes théories lorsqu’elles ne collent plus aux faits, sinon cela deviendrait une religion.

Ainsi, j’ai longtemps cru que l’alimentation exclusivement humide, comme le préconisaient certains gourous outre-Atlantique était le Graal pour tous les chats. Mais au quotidien, l’alimentation exclusivement humide revient souvent trop cher pour le plus grand nombre de possesseurs de chats. En plus, c’est beaucoup moins pratique que les croquettes. J’ai alors nuancé ma position, en incitant déjà les propriétaires à donner chaque jour un peu de pâtée à leur chat, tout en conservant mais en réduisant significativement les apports en croquettes. J’ai alors été surpris de constater que les bénéfices santé pour les chats étaient déjà considérables. Aujourd’hui, c’est ma principale recommandation pour les chats en bonne santé, ce que l’on appelle l’alimentation mixte ou bi-nutrition.

Quant aux chercheurs, les scientifiques, leurs résultats sont toujours biaisés ! Un chercheur convaincu par son hypothèse de départ, encouragé par les développements possibles que sa découverte pourra apporter à l’entreprise qui finance ses recherches, aura tendance à influencer (parfois involontairement) ses conclusions. En présence d’intérêts financiers, il existe un réel risque de manipulation des résultats scientifiques. Ce n’est pas moi qui le dit, mais le professeur Didier Raoult, un microbiologiste français renommé sur le plan mondial, et qui a publié des milliers d’articles scientifiques.

Ainsi, la théorie selon laquelle les croquettes pouvaient constituer l’aliment idéal pour les chats s’est imposée comme un dogme, une évidence inattaquable. Pendant des décennies, à travers les articles scientifiques produits par les pôles de recherche des fabricants eux-mêmes, on a vanté les soi-disant bienfaits des croquettes. C’est désormais un concept, une idée reçue qu’il est très difficile de contredire. Pourtant, avec pour unique aliment des croquettes, rares sont les chats qui vivent au delà de quinze ans. C’est un fait !

Le plus amusant c’est que ce sont les fabricants de petfood eux-mêmes qui sont à l’origine des critiques qui se concentrent de plus en plus sur les croquettes. En voulant s’engouffrer de façon opportuniste dans la niche commerciale du « sans céréales » ils ont ouvert la boite de Pandore, laissant entrevoir tout ce qu’il y a d’irrationnel dans cet aliment nommé croquette. « Des céréales pour les chats, c’est insensé ! », mais les patates et les légumineuses qui les remplacent, ce n’est pas mieux.

Finalement, plutôt que de vouloir imposer ma vérité avec mon livre, je désire faire oublier celle qui s’est insinuée subrepticement dans les cerveaux de presque tous, des professionnels aux consommateurs: « les croquettes sont ce qui y a de meilleur pour la santé des chats », car cela n’est pas vrai ! Ce constat est pour moi une intime conviction… même si parfois les preuves peuvent manquer.

LES RESULTATS SCIENTIFIQUES DOIVENT DONC ÊTRE REGARDÉS AVEC CIRCONSPECTION. QUE PENSEZ-VOUS DE L’ÉTUDE SUÉDOISE SUR LE GÈNE Amy2B ET LA SUPPOSÉE MEILLEURE DIGESTIBILITÉ DE L’AMIDON PAR NOS CHIENS DOMESTIQUES, LORSQU’ON SAIT QUE CETTE ÉTUDE A ÉTÉ COFINANCÉE PAR NESTLÉ PURINA ?

Je ne l’avais jamais lue auparavant. En fait, l’auteur principal est français et chercheur au CNRS de Lyon, une institution scientifique plus que respectable. Que Purina finance cette étude montre que la firme s’intéresse au sujet des glucides et aux implications potentielles pour la santé des carnivores domestiques. A quelle fin ? Je ne me prononcerai pas. Enfin, la paléogénétique, c’est du concret. On recherche des preuves réelles, des supports tangibles: de l’ADN. C’est passionnant ! Cela nous permet de savoir ce que mangeait l’homme de Néandertal il y a 100000 ans. Donc, je présume que cette étude est très sérieuse.

Toutefois, aucune mutation similaire n’a selon moi été mise en évidence chez le chat, qui je vous le rappelle est le sujet de cet interview. Chez le chat, l’activité amylasique pancréatique et intestinale (c’est le sujet de l’article) est très réduite. Même chose pour les disaccharidases intestinales. Il est donc incontestable que les chats ont une tolérance limitée pour les glucides, et un besoin en protéines alimentaires très accru comparé au chien et aux autres omnivores.

D’autres études génomiques ont confirmé la perte du gène codant pour l’hormone INSL5 (analogue de l’insuline) chez le chat, qui régule la sensation de faim et participe à l’homéostasie glycémique chez d’autres animaux (et notamment le chien). Cela expliquerait pourquoi la néoglucogénèse (fabrication de glucose à partir des protéines) ne cesse jamais chez le chat, même après un repas. Cette signature génétique est celle d’un hypercarnivore, d’un chasseur rompu aux prises alimentaires irrégulières. Une conséquence dommageable pour lui sera par contre une régulation moins fine de la glycémie lors d’absorption massive de sucres, comme c’est le cas avec les croquettes.

DANS VOTRE OUVRAGE, VOUS AFFIRMEZ QUE DE NOUVELLES MALADIES NUTRITIONNELLES SONT APPARUES DEPUIS QUE LES CHATS SONT NOURRIS AVEC DES CROQUETTES . AUTREMENT DIT, LES CROQUETTES POURRAIENT EMPOISONNER LES CHATS ?

Oui, et c’est précisément la question que je soulève en 4e de couverture : « Sommes-nous en train d’empoisonner nos chats ? ». C’est un peu provocateur, aussi je compléterai mes propos par la citation de l’alchimiste Paracelse: « Tout est poison et rien n’est poison: c’est la dose qui fait le poison. »

Les maladies nutritionnelles ne datent pas d’aujourd’hui. A la fin des années 70, qui marquent le début de l’engouement pour les animaux de compagnie, de nombreux chatons étaient nourris uniquement avec de la viande ou du foie par leurs propriétaires qui croyaient bien faire. Il s’en est suivi de nombreux cas graves d’hyperparathyroïdisme secondaire d’origine nutritionnelle (trop de phosphore et pas assez de calcium dans la viande) et d’hypervitaminose A (régimes riches en foie). Ainsi, plutôt que de laisser faire n’importe quoi, il a été préconisé aux propriétaires d’opter pour l’alimentation industrielle, supposée plus équilibrée et plus pratique.

Mais dès ses débuts, l’alimentation industrielle a essuyé les plâtres. Des milliers (et probablement des millions à ce jour) de chats « bouchés » sont morts immédiatement après la commercialisation des toute premières croquettes. Les cystites, les obstructions de l’urètre ont explosé dans tous les coins du monde, à cause d’une formulation défectueuse pour la fraction minérale des croquettes. L’incidence des problèmes urinaires liés aux croquettes a diminué, mais c’est encore un motif de consultation fréquent de nos jours. Dans les années 80, d’autres chats ont été victimes de carence en taurine du fait de contrôles défectueux dans le process de fabrication, ou lorsque des aliments végétariens ou destinés aux chiens étaient distribués aux chats de façon régulière. Les données épidémiologiques établissent aussi un lien entre l’alimentation industrielle et l’hyperthyroïdie. Les lésions de résorption dentaire (« caries du collet ») étaient rarement diagnostiquées avant les années 80. Les MICI, les allergies (autres que celles causées par les piqûres de puces) étaient alors exceptionnelles.

De nos jours, l’ingestion journalière de trop de glucides contenus dans les croquettes explique l’épidémie de chats obèses et diabétiques. Et cela quelles que soient les croquettes selon moi. Car un chat qui ingère 100 g de croquettes (laissées en libre service) contenant 25 % de glucides, court le même risque que celui qui mange raisonnablement 50 g de croquettes à 50 % de glucides ! En fait, c’est surtout parce qu’il est impossible de respecter les quantités journalières recommandées par les fabricants que les chats deviennent obèses. Avec 50 g de croquettes par jour, la majorité des chats crient famine, et leurs propriétaires se résignent à laisser les croquettes en libre-service, pour avoir la paix. Et c’est cette surconsommation de croquettes riches en glucides qui explique l’obésité, « c’est la dose qui fait le poison. » Une autre maladie du chat, la lipidose hépatique est favorisée par l’obésité, mais elle est aussi causée par une malnutrition protéique (croquettes « premier prix »). 

L’ARGUMENT SANTÉ LE PLUS UTILISÉ PAR LES VENDEURS DE CROQUETTES EST QUE LES CROQUETTES PRÉVIENNENT LE TARTRE À LA DIFFÉRENCE DES PÂTÉES QUI LE FAVORISENT. QU’EN PENSEZ-VOUS ?

C’est un mythe. C’est vrai que les chats qui mangent plus de croquettes semblent avoir moins de plaque dentaire et de tartre. Par contre, il n’est pas nécessaire qu’un chat mange exclusivement des croquettes pour en avoir le bénéfice. La majorité des chats que je soigne ont adopté la bi-nutrition et n’ont pas besoin de détartrage, dès lors que l’on tolère la présence d’une fine couche de plaque dentaire (sans conséquence) sur les dents. Ma propre chatte, que je nourris exclusivement avec de la viande coupée en petits morceaux (parfois hachée), ce qui ne favorise pas les efforts masticatoires, a un peu de tartre sur ses carnassières. Elle n’a été détartrée qu’une seule fois en 10 ans. Par contre, ses gencives, « c’est du béton » !

Au contraire, certains auteurs spécialisés en dentisterie prétendent que les résidus glucidiques (des miettes de croquettes) qui restent entre les dents favorisent une flore buccale qui aggraverait les gingivostomatites des chats. De plus, les croquettes « labellisées » pour prévenir l’apparition de tartre sont aussi parmi les plus glucidiques (plus de 50 % !). Finalement, un peu de croquettes (ce n’est pas obligatoire) peuvent suffire à prévenir le tartre et la mauvaise haleine. Il n’y a aucun risque de déchaussement des dents à la différence des chiens (parodontite). Et en présence de gingivite, de parodontite ou de stomatite chronique, ma recommandation c’est l’alimentation humide industrielle ou ménagère.

QUEL EST LE PRINCIPAL DÉFAUT DES CROQUETTES POUR LES CHATS SELON VOUS ?

L’absence d’eau, de toute évidence. Mais j’insiste une fois de plus, mes propos ne concernent que les chats !

Pour les chats, c’est le besoin en eau qui est le moins respecté avec les croquettes. Le chat a besoin d’un millilitre d’eau par kcal ingérée. Autrement dit, un chat qui mange 60 g de croquettes devrait boire à côté 250 ml d’eau… soit le volume d’un demi de bière ! Rares sont les chats sains qui boivent une telle quantité (d’eau, bien sûr !). D’ailleurs, tous les scientifiques sont d’accord sur ce point précis: un chat nourri avec des croquettes compense à peine la moitié de ses besoins en eau, en buvant. Et lorsqu’un chat surconsomme les croquettes (alimentation en libre-service), le déficit hydrique s’accentue encore davantage. C’est d’autant plus critique que le chat est déjà une espèce animale « subcliniquement déshydratée » (Pedersen). La volémie d’un chat (volume total de sang circulant) est de 55 ml/kg contre 85 ml/kg pour un chien.

De plus, les fabricants saupoudrent désormais allègrement des fibres hydrosolubles sur les croquettes pour chats (notamment celles formulées pour les boules de poils). Ces fibres agissent comme des petites éponges, qui lorsqu’elles parviennent dans le côlon captent l’eau. Votre minou éliminera régulièrement de jolis colombins bien moulés, et volumineux… alors qu’un chat nourri avec de la viande ne fera qu’une selle tous les 2 à 3 jours ! En piégeant ainsi l’eau disponible, les croquettes accentuent le déficit hydrique des chats. Autrement dit, les croquettes diminuent la « digestibilité de l’eau ».

Les organes qui en font le plus les frais sont ceux du système urinaire, la vessie en premier lieu et plus rarement les reins. Pour faire simple, les urines de chat sont naturellement très concentrées, de l’ordre de deux fois la concentration de l’eau de mer. En ne leur donnant que des croquettes, on accentue cette concentration en minéraux. Du fait d’un abreuvement insuffisant, les urines stagnent plus longtemps dans la vessie, ce qui favorise le risque de formation de cristaux. Vous avez peut-être été confronté au problème des fameux struvites pour votre chat. Et bien sachez que chez le chat, c’est normal d’en trouver, et ce n’est que lorsqu’ils sont en très grand nombre (« +++ » sur les analyses urinaires) que cela devient problématique.

La seule et unique solution qui garantisse à votre chat de ne plus souffrir de maladies du bas appareil urinaire est de l’inciter à boire plus. Et le moyen le plus sûr d’y parvenir est de manger humide (si ce n’est en totalité, au moins en partie, c’est la bi-nutrition). Avec ce mode d’alimentation, les chats ont des urines plus abondantes et moins concentrées en minéraux précurseurs de calculs urinaires. Les mictions sont plus fréquentes et contribuent à nettoyer la vessie de votre chat du « sable » qu’il fabrique naturellement et qui s’accumule d’autant plus que son régime est sec. 

AFIN QUE LES CHATS BOIVENT DAVANTAGE, VOUS ÊTES DUBITATIF SUR LES BIENFAITS DES FONTAINES À EAU DANS VOTRE OUVRAGE. ALORS, CONSEILLEZ-VOUS DE RÉHYDRATER LES CROQUETTES AVEC DE L’EAU ?

 Sur le principe c’est probablement une excellente idée, adoptée par bon nombre de possesseurs de chiens. Mais les chats détestent ça ! Donc, non, je ne le conseille pas souvent. Par contre, je suggère de mélanger une partie des croquettes avec de la sauce de pâtée, pour aider les chats réfractaires à accepter la pâtée lorsqu’ils ne sont pas fans d’alimentation humide. S’ils acceptent, il peut être intéressant d’augmenter alors peu à peu l’hydratation d’une partie des croquettes de cette façon. Essayez !

ETES VOUS D’ACCORD SUR LE FAIT QUE LES CROQUETTES CONTIENNENT AUSSI POUR LA GRANDE MAJORITÉ D’ENTRE ELLES TROP DE GLUCIDES ? ET QUE CES GLUCIDES EN EXCÈS SONT NÉFASTES POUR LES CHATS ?

Oui, et je détaille ce problème à travers plusieurs chapitres de mon livre. Il est difficile de contester le fait que l’ingestion quotidienne de trop grandes quantités de glucides, dont les croquettes sont le principal pourvoyeur, explique en grande partie la prévalence accrue de l’obésité chez les chats. Comme chez les humains ! Pourtant, certains scientifiques tentent encore de relativiser le rôle délétère des glucides pour les chats. En effet, certains d’entre eux sont épargnés car ils parviennent à réguler efficacement leur consommation volontaire de croquettes. Mais d’autres semblent pouvoir consommer en quelques minutes leur quota de calories quotidiennes.

Les croquettes sont aussi un risque majeur de survenue du diabète chez le chat. Une récente étude épidémiologique suédoise portant sur 2000 chats dont 400 diabétiques le confirme. Enfin, la « caramélisation organique » des chats nourris au « tout-croquettes » participe probablement aussi à d’autres affections encore mal comprises. Je pense notamment à l’épidémie de calculs d’oxalate de calcium qui sévit depuis 20 ans. Ces calculs, lorsqu’ils se forment dans les reins, sont responsables d’insuffisance rénale fatale aux chats dès l’âge de 5 à 7 ans. Or les oxalates sont fabriqués par l’organisme, ce sont des déchets du métabolisme glucidique. Je développe dans mon blog et mon livre une pathogénie possible, mais à ce jour ma théorie n’a pas suscité pas beaucoup d’intérêt ! J’avais élaboré la trame d’un questionnaire d’enquête à l’intention des spécialistes félins internationaux (ISFM) sur ce problème… mais il a dû se perdre ! En tout cas, la seule prévention admise par la communauté scientifique pour éviter les récidives des calculs d’oxalate de calcium, c’est d’adopter une alimentation 100 % humide. CQFD. Est-ce seulement dû aux bienfaits de l’eau ?

THOMAS MEYER, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA FEDIAF, AFFIRME QU’AUCUNE ÉTUDE D’IMPACT DES GLUCIDES N’AURAIT ÉTÉ FAITE DEPUIS 40 ANS POUR CONNAÎTRE LES EFFETS DES GLUCIDES SUR LA SANTÉ DES ANIMAUX. VOUS LE CROYEZ?

 Je suis persuadé qu’il est sincère, car cela supposerait d’avoir des données fiables portant sur des dizaines de milliers de chats. En plus, les conclusions d’études fondées sur des enquêtes sont souvent erronées ! Par contre, même si la preuve n’est pas faite sur les effets néfastes des glucides pour le chat, on dispose d’un faisceau d’indices suffisant pour que l’industrie du petfood s’y intéresse. Alors, plutôt que de répondre par un certain mutisme teinté de dédain, la FEDIAF devrait se risquer à émettre des recommandations sur le sujet… même si elles n’émanent pas de Purina, Royal canin ou Hill’s. Cela s’appelle le principe de précaution.

Personnellement, je me risque à conseiller que les glucides n’excèdent pas 20 % des calories journalières ingérées par un chat.

ÊTES- VOUS FAVORABLE À CE QUE LE TAUX DE GLUCIDES SOIT MENTIONNÉ SUR LES ÉTIQUETTES DES ALIMENTS POUR CHATS ?

Absolument, les pratiques doivent évoluer dans ce sens. Il faut que les fabricants acceptent que ce critère participe à orienter le choix des possesseurs de chats. Dans mon blog, j’ai imaginé un nouveau logo pour promouvoir les  aliments les moins délétères pour les chats, le gluci-score (à l’image du nutri-score pour les produits humains destiné à inciter à consommer des aliments plus sains, moins gras, moins salés ou moins sucrés). En outre, comme c’est déjà le cas sur certaines références de croquettes, les mentions incitatives en faveur d’une distribution journalière simultanée de croquettes et d’aliments humides doivent se généraliser, en mentionnant clairement les quantités respectives recommandées.

A l’inverse, il convient aussi de bannir les arguments marketing anthropomorphiques et souvent fallacieux comme le « sans céréales ». Les aliments « sans céréales » n’ont d’intérêt que s’ils affichent aussi une baisse significative du taux de glucides. Au passage, il est à noter que beaucoup d’aliments « bio » (mais pas tous) sont composés d’une fraction glucidique plus importante que leur alter ego « non  bio ». En effet, ils contiennent davantage d’ingrédients végétaux car l’offre en légumes « bio » est plus large que celle en produits animaux « bio » (aussi beaucoup plus onéreux). En contrepartie, une enquête a révélé que les aliments humides « bio » contenaient les taux de mycotoxines les plus faibles… moins élevés même que les aliments humides « sans céréales » !

Mais le taux de glucides n’est pas tout. C’est insuffisant pour juger de la qualité d’un aliment. A taux de glucides égal, deux références de croquettes n’auront pas forcément la même qualité nutritionnelle. Le taux de glucides n’est qu’un élément parmi beaucoup d’autres à prendre en considération. Hélas, même en ayant un master en lecture d’étiquettes, il est difficile d’être certain de la qualité d’un produit.

Selon moi, c’est surtout lorsque la part de croquettes est majoritaire dans l’alimentation de votre chat que le critère d’une faible teneur en glucides sera déterminant. Dans ce cas précis, les croquettes avec moins de glucides (20 % et moins) feront la différence pour le risque d’obésité. A condition, je le répète, de contrôler strictement les quantités distribuées. Une distribution en libre-service annulerait les effets positifs escomptés. Il est regrettable que ces croquettes « nouvelle génération » adoptent des arguments marketing qui les discréditent parfois à mes yeux quant à leur sérieux et à leur professionnalisme. Ainsi, telle marque vendue sur le web uniquement qui affirme que ses produits « à index glycémique bas » conviennent aux chats diabétiques… non, non et non ! Cette même marque réfute le fait qu’un chat nourri avec ses croquettes pourra être en déficit hydrique et de ce fait sera épargné par les problèmes urinaires. C’est encore faux ! Il est vrai qu’aucune étude clinique n’est obligatoire, même pour les aliments sur prescription vendus dans le circuit vétérinaire ! Cette communication numérique fallacieuse se retrouve aussi chez ceux qui mettent en avant la présence de fruits et légumes dans leurs croquettes, de la canneberge, du romarin… de la farigoulette. Ahahah. Tout ça, c’est du bidon !

Au passage, plusieurs de ces références « low carb » contiennent beaucoup de matières grasses d’excellente qualité (oméga 3) mais fragiles, ce qui les rend leur conservation plus délicate. Ces acides gras poly-insaturés rancissent facilement. Donc attention aux gros packagings ! Une fois ouvert, un sac devrait être consommé dans les deux mois.

Enfin et pour clore ce débat sur les glucides, si votre chat mange essentiellement de l’humide, les quelques grammes de croquettes à 40 % de glucides qu’il ingèrera chaque jour n’auront probablement pas d’effet néfaste mesurable pour sa santé. 

DE PLUS EN PLUS DE POSSESSEURS DE CHATS S’INQUIÈTENT DE LA TENEUR EN PHOSPHORE DES ALIMENTS POUR CHATS, SUPPOSÉE EXCESSIVE ET NÉFASTE POUR EUX. QU’EN PENSEZ-VOUS ?

C’est une question un peu compliquée. Récemment, une étude alarmante a même mis en garde contre les aliments humides vendus dans le commerce et dont la teneur en phosphore serait trop élevée. L’alimentation ménagère aussi est souvent suspectée d’apporter trop de phosphore (provenant de la viande, des abats ou du poisson). En l’occurrence, il s’agit de « bon phosphore », alors que le phosphore industriel se « cache » souvent dans les conservateurs. Malgré cela, ce risque me semble exagéré.

En effet, depuis leur origine les chats mangent des proies riches en phosphore. La teneur en phosphore d’une souris est de 4 g de P / 1000 kcal. La plupart des aliments humides industriels affichent un taux de P situé entre 2,5 et 3 g de P / 1000 kcal. Et une étude de Waltham (Royal Canin) en 2019 confirme qu’ « aucun effet néfaste pour les chats adultes n’a pu être observé pour des taux de phosphore inférieurs à 3,6 g /1000 kcal ».

Par contre, lors d’insuffisance rénale, on constate une diminution de l’excrétion du phosphore (en excès) par les reins, et il arrive qu’une hyperphosphatémie s’installe peu à peu. Faut-il alors la combattre ou est-ce trop tard ? Chez l’homme, c’est un facteur de risque cardiovasculaire pris très au sérieux chez les patients en dialyse rénale. Chez le chat, ces complications cardiovasculaires sont inexistantes ! Certains argumentent que l’hyperphosphatémie accélèrerait la progression de l’insuffisance rénale. La seule chose que l’on puisse affirmer, c’est que lorsqu’une hyperphosphatémie est constatée, l’insuffisance rénale de votre chat est déjà très avancée.

La mesure préventive que proposent les fabricants est de réduire le taux de phosphore dans l’alimentation. Mais le bénéfice de cet abaissement du taux de phosphore est très peu documenté (une étude sur 80 chats datant de 2000 !). Aucune valeur seuil n’est établie. En outre, ces régimes industriels limités en phosphore ne permettent pas toujours de couvrir les énormes besoins qualitatifs et quantitatifs du chat pour les protéines. Ils contribuent parfois à aggraver la dénutrition des insuffisants rénaux. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de vétérinaires préconisent des régimes hyperprotéiques lors d’insuffisance rénale. Ce type de régime est au moins aussi pertinent que les régimes spéciaux actuels pour les chats insuffisants rénaux, surtout si on les associe à des chélateurs de phosphore (sous forme de médicaments). Ce serait la meilleure solution en terme de bien-être et de progression de la maladie rénale si et seulement si un chélateur de phosphore idéal existait. Car les chélateurs de phosphore actuellement disponibles sont peu efficaces, ou d’un coût prohibitif, ou inappétant, et surtout ils doivent être ajoutés à tous les repas pour les rendre efficaces.

Ce que l’on peut constater, c’est que les industriels sont parvenus à créer une psychose chez les possesseurs de chats en s’emparant du problème du phosphore. Ce n’est probablement pas délibéré… même s’il n’y a que les technologies industrielles qui permettent de cuisiner sans phosphore. 

VOUS NE DÉCONSEILLEZ PAS FORCÉMENT LES CROQUETTES POUR LES CHATS EN BONNE SANTE, MAIS SEULEMENT L’ALIMENTATION « TOUT-CROQUETTES ». SELON VOUS, LE MOYEN LE PLUS SIMPLE POUR DIMINUER LES RISQUES LIÉS AUX CROQUETTES, C’EST LA BI-NUTRITION. EXPLIQUEZ-NOUS CELA EN QUELQUES MOTS.

La bi-nutrition consiste à mélanger deux types d’alimentation. Dans mon ouvrage, je réserve le terme de bi-nutrition à l’alimentation industrielle (d’ailleurs, la paternité de ce néologisme revient à Royal Canin !). Tout le monde en convient, les croquettes sont des aliments sans eau, pauvres en protéines animales, riches en glucides et de densité énergétique élevée. La bi-nutrition consiste alors à associer chaque jour les croquettes de votre chat avec des aliments industriels humides. Ces pâtées ou sachets fraîcheur contiennent 70 à 80 % d’eau, beaucoup plus de protéines animales, très peu de glucides et ont une faible densité énergétique. On rééquilibre ainsi la ration journalière du chat selon les critères qualitatifs que je développe tout au long de mon livre.

SELON VOUS, LES CROQUETTES DOIVENT DONC ETRE ASSOCIEES A UN AUTRE TYPE DE NOURRITURE. EST-IL AUSSI JUDICIEUX DE LES ASSOCIER À DES INGREDIENTS MENAGERS COMME LA VIANDE OU LES LEGUMES ?

Définie plus largement, la bi-nutrition caractérise aussi le fait d’associer l’alimentation industrielle (croquettes et/ou pâtée) avec des ingrédients ménagers. Je préfère personnellement parler d’alimentation hybride.

Compléter régulièrement les croquettes avec de la viande me semble pertinent. Mais il faut se garder des excès pour les chatons en pleine croissance. Pour un chat adulte, on pourra donner par exemple 30 g de croquettes et 70 g de filet de poulet par jour. La ration sera déséquilibrée pour le calcium, le ratio Ca/P tombera sous les 0,7, mais c’est sans danger pour un chat adulte. Et ça je l’affirme haut et fort, en dépit des critiques que les « ayatollah «  universitaires (oui, il en existe) ne manqueront pas de formuler. D’ailleurs, que penser de l’obsession de ces mêmes experts à vouloir mettre des courgettes au menu de tous les chats en surpoids, mélangées aux croquettes notamment. Ont-ils évalué l’impact de cette pratique sur la baisse de digestibilité des protéines et notamment de la taurine, si importante pour les chats ? Donc les courgettes, je ne conseille pas, ce qui ne signifie pas que je les déconseille… mais qu’il n’y a aucune preuve de leur bénéfice pour rassasier ou faire maigrir les chats. Les bénéfices des fibres pour les chats ne concernent que les paresseux du côlon !

Enfin, pour l’alimentation hybride, je préfère de très loin le mix pâtée / viande, que je préconise très souvent quand les chats avancent en âge ou sont touchés par diverses affections. 

DANS VOTRE OUVRAGE, VOUS PASSEZ TRÉS SUCCINCTEMENT SUR LE BARF. EST-CE PARCE-QUE VOUS LE DÉCONSEILLEZ ?

Absolument pas. C’est bien moins irrationnel que de nourrir son chat exclusivement avec des croquettes. Mais je préfère le terme d’alimentation naturelle (à base de viande), plus parlant pour la majorité des gens que BARF (Biologically Appropriate Raw Food, ou Bones And Raw Food). Cependant, ce mode d’alimentation ne conviendra pas au plus grand nombre de possesseurs de chats qui répugnent à manipuler de la viande crue, ou qui ne disposent pas de capacité de stockage suffisante chez eux. Et bon nombre de chats sont dégoûtés par cette pitance paléolithique ! Enfin, ce qui me gêne le plus avec le BARF, c’est la présence d’os qui constituent un risque de lésions digestives non négligeable. Pour le reste, les contaminations bactériennes ou les déséquilibres minéraux maintes fois décriés sont selon moi marginaux comparés aux bénéfices de la « vraie » viande pour les chats.

Dans mon livre, je revisite de façon exhaustive les bénéfices de la viande… et ce, même pour les insuffisants rénaux ! Par contre, d’un point de vue pratique, je préfère avoir recours à de la viande achetée dans le commerce (du muscles et/ou un peu d’abats) que je complémente avec un complément minéral vitaminé (C.M.V.).

EN MATIÈRE D’ÉQUILIBRE ALIMENTAIRE, LES ALIMENTS INDUSTRIELS COMPLETS SONT-ILS SUPÉRIEURS AUX RATIONS MÉNAGÈRES ?

Selon moi, les croquettes ont été, le temps d’une parenthèse de quarante ans, une réponse réductionniste à ce que devrait être la nutrition pour les chats. Car la nutrition est en fait une science très complexe. Le diktat qui s’est imposé est celui de l’équilibre alimentaire pour les 50 nutriments qui composent les aliments. Or, un aliment n’est pas une simple somme de constituants. C’est un ensemble de macro et micro-nutriments qui interagissent entre eux (en synergie) et avec le milieu digestif. À cet égard, l’eau (et son absence dans les croquettes) est loin d’être un détail pour la santé des chats. En outre, les excès de glucides ou acides aminés d’origine végétale ne sont probablement pas neutres dans la survenue de désordres fonctionnels rencontrés chez le chat. Assurément, l’efficience nutritionnelle de l’alimentation sèche est loin d’être optimale.

L’alimentation ménagère à base de viande pour nourrir son chat est une alternative valable, même si certains déséquilibres peuvent parfois être relevés. Au passage, la seule façon d’objectiver un déséquilibre alimentaire serait de recourir à des analyses sanguines témoignant d’un excès ou d’une carence. Cela n’est jamais fait. Vous autres, humains, vous souciez-vous de manger chaque jour votre quota de manganèse ou de cuivre ? Quid de la carence généralisée des humains en Vitamine D ? Enfin, confectionner des rations ménagères pour son chat ne relève pas d’une alchimie savante. Il y a fort à parier que la généralisation de telles pratiques ne soit pas vue d’un œil favorable par les différents acteurs de l’industrie du petfood. D’où la multiplication des messages alarmants : « Vous exposez votre chat à des carences et des maladies. Vous-même, vous risquez des infections zoonotiques graves ! ». Bien sûr, il ne s’agit pas de faire n’importe quoi. Et dans ce cadre là, oui, je pense que les rations ménagères sont supérieures aux aliments industriels !

DANS LA DERNIÈRE PARTIE DE VOTRE LIVRE, VOUS VOUS INSURGEZ CONTRE LE RECOURS TROP FACILE DE VOS CONFRÈRES (ET CONSOEURS) À LA « SOLUTION CROQUETTES » POUR AMÉLIORER LES AFFECTIONS RENCONTREES PAR LES CHATS. NE CRAIGNEZ-VOUS PAS LES CRITIQUES DE VOTRE PROFESSION ?

 

Beaucoup de mes confrères et consœurs sont convaincus des bienfaits de leurs produits, et il y a peu de chance que mon livre attire leur attention. Et si leurs compétences en diététique féline sont parfois sommaires, beaucoup d’entre eux sont d’excellents médecins et chirurgiens. Ils considèrent seulement la diététique comme une discipline secondaire. Mais si par hasard mes argumentations les étonnent, il faut qu’ils sachent que mes propos s’appuient sur l’expérience et les témoignages de vétérinaires de renommée mondiale en médecine féline. C’est en m’inspirant d’eux que j’ai peu à peu affiné ma façon d’appréhender les « challenges » nutritionnels que nous imposent les chats, surtout lorsqu’ils sont malades. Dans mon livre je cite notamment:

– Elisabeth Hodgkins (vétérinaire félin directrice technique pendant plus de dix ans chez Hill’s, un des plus grands fabricants mondiaux d’aliments: « Si votre chat est diabétique et mange des croquettes, arrêtez tout de suite ! »

– Vic Menrath, le grand-père de la médecine féline en Australie, précurseur en matière de greffes rénales chez le chat depuis 1995: « Les chats insuffisants rénaux vivent plus longtemps et conservent un aspect moins misérable, lorsqu’ils sont nourris avec de la viande crue, la plus grasse possible, du foie, une fois par semaine et un complément en vitamines B. »

– Richard Malik, un des plus éminents vétérinaires félins au monde actuellement, qui ose dénoncer les conflits d’intérêts entre les entreprises commerciales et les universités, ainsi que le manque de subsides accordés à la recherche indépendante en matière de nutrition féline.

Je le répète, la base de la science c’est l’observation. Et pour cela, il suffit parfois seulement d’ôter ses œillères… pour se rendre à l’évidence ! 

FINALEMENT, PENSEZ-VOUS COMME VOTRE CONSOEUR LE DR SYLVIA MORAND QUE 50 À 60 % DE VOS CONSULTATIONS SON LIÉES À LA MALBOUFFE POUR LES CHATS QUE VOUS SOIGNEZ ?

C’est 100 % de mes consultations qui font l’objet d’une évaluation critique des pratiques alimentaires adoptées par les propriétaires pour leur chat ! Toutefois, mis à part les chats nourris au « tout croquettes », il s’agit le plus souvent d’un recadrage à la marge.

Lors des consultations préventives (vaccinations), l’alimentation des chats est le sujet qui préoccupe le plus les propriétaires. Et je suis impressionné par le nombre de propriétaires qui me disent d’années en années « pour l’alimentation, j’applique vos conseils… 100 g de pâtée par jour et 30 g de croquettes maximum ». Et force est d’admettre, en toute modestie, que ces chats ne souffrent ni d’obésité ni de troubles urinaires. Et cela sans avoir faim à longueur de journée ! Mais tous les chats que je soigne ne sont pas passés entre mes mains depuis leur plus jeune âge… il m’arrivent donc de traiter aussi des cas d’obésité morbide, de diabète, de lipidose hépatique, de chats bouchés…

Attention tout de même, car on a parfois tendance à incriminer trop rapidement la malbouffe dans la survenue de certaines affections. Lorsque le Dr Jutta Ziegler écrit dans son livre « Toxic Croquettes » que les glucides des croquettes provoquent des insuffisances rénales chez le chat, c’est un raccourci que je ne prendrai pas… et qui est probablement faux, dans la grande majorité des cas ! Néanmoins, je suis d’accord sur le fait que les croquettes ne conviennent pas à une prise en charge alimentaire optimale pour les chats souffrant déjà d’insuffisance rénale.

Enfin, il est un domaine où les preuves manquent mais pour lequel la malbouffe industrielle semble indéniablement impliquée, c’est la progression galopante des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Les connaissances sur le métabolisme du chat et son microbiote intestinal amèneront certainement les industriels à infléchir à l’avenir leur position quant au problème des glucides. Quant à celui de l’eau, il est largement partagé par les majors du petfood, et il ne se passe plus un congrès international où l’alimentation du chat ne soit envisagée autrement que sous l’angle de la bi-nutrition. Les principales résistances sont dans les cerveaux des propriétaires mal informés, des professionnels… et des chats eux-mêmes, parfois !

Dessin Eric Ronceray

 

 

 

 

 

 

Pour en finir avec les croquettes pour chats

A PARAITRE LE 9 OCTOBRE 2019

 

Tout sur la nutrition pratique des chats

 

Vos matous sont restés sur leur faim pendant de long mois… qu’ils ne m’en tiennent pas rigueur ! Car je leur concoctais ce condensé de conseils afin de régaler leurs papilles. J’ai enrichi les articles du blog d’une partie clinique qui devrait satisfaire  la curiosité du plus grand nombre de possesseurs de chats. Vous verrez que mon positionnement est souvent en décalage avec le consensus « scientifique » politiquement correct. Mais en science, il n’y a pas de vérité absolue. Ensuite, la base de la science, en biologie notamment, c’est l’observation. C’est ce que je m’efforce de faire au quotidien. J’observe, je confronte mes observations à mes intuitions, je les vérifie et je tente de trouver des explications en les recoupant avec les publications scientifiques déjà existantes. Ainsi, j’affine mes propres théories.

Mais je suis aussi lucide. Je suis prêt à abandonner mes théories lorsqu’elles ne collent plus aux faits, sinon cela deviendrait une religion. Ainsi, j’ai longtemps cru que l’alimentation exclusivement humide, comme le préconisaient certains gourous outre-Atlantique était le Graal pour tous les chats. Mais en pratique, l’alimentation exclusivement humide est parfois trop chère pour le plus grand nombre de possesseurs chats. De plus, elle moins pratique que le recours aux croquettes. Par la force des choses, j’ai modéré donc ma position, en incitant déjà les propriétaires à donner chaque jour un peu de pâtée à leur chat, tout en conservant mais en réduisant significativement les apports en croquettes. J’ai alors été surpris de constater que les bénéfices santé pour les chats étaient déjà considérables.

Aujourd’hui, c’est ma principale recommandation pour les chats en bonne santé, ce que l’on appelle l’alimentation mixte ou bi-nutrition. Et la théorie que je veux faire oublier définitivement grâce à mon livre, c’est que les croquettes sont ce qui y a de meilleur pour la santé des chats !

En primeur, voici donc le sommaire détaillé de mon livre. Avec au passage, un aperçu des truculentes illustrations d’Eric RONCERAY (auteur du livre « Entrechats »).

SOMMAIRE

AVANT-PROPOS

INTRODUCTION :

Les chats et l’alimentation industrielle, pour le meilleur et pour le pire.

De chasseur “éclairé” qui choisit ses proies, le chat est devenu consommateur “aveugle” d’une alimentation industrielle qui entraîna l’apparition de nouvelles maladies nutritionnelles.

 

 LES DOGMES À L’ÉPREUVE DES FAITS

 

Science sans conscience… n’est que ruine dans l’assiette !

Les vérités d’hier n’ont plus lieu d’être à la lumière des connaissances actuelles. Le présent ouvrage se réfère aux articles scientifiques les plus récents.

Le chat est un hypercarnivore.

 Le chat a des besoins très importants en protéines, en acides gras essentiels et en vitamines. La viande est pour lui l’aliment idéal et le mieux adapté à sa physiologie.

 Les chats n'ont jamais eu à faire des prélèvements alimentaires dans le monde végétal.Le chat et le végétal.

Le chat n’a jamais eu à effectuer de prélèvements alimentaires dans le monde végétal, ce qui explique qu’il ne soit pas adapté à métaboliser les glucides de façon efficace.

 

Pourquoi autant de glucides dans les aliments industriels ?

 La teneur en glucides des aliments industriels pour chats n’est pas soumise à des normes réglementaires. Aussi, certaines croquettes affichent jusqu’à 50% de glucides. Pourtant, dans la nature, le chat ne mange que 3% de glucides !

 Le problème majeur des croquettes, c’est l’absence d’eau.

Le chat n’est pas un buveur naturel. Avec les croquettes, il ne compense pas sa consommation déficitaire en eau.

 

QUELLES SOLUTIONS ?

 

L'obésité est le principal risque avec le régime tout-croquettes pour les chatsLa fin du modèle “tout croquettes”.

Le régime “tout croquettes” est fortement corrélé à l’obésité et au diabète. C’est probablement aussi un facteur aggravant dans la survenue d’une maladie rénale émergente, fatale pour les jeunes chats adultes, les calculs rénaux d’oxalate de calcium.

Faut-il revenir à une alimentation plus naturelle : la viande ?

Les régimes à base de viande sont remis au goût du jour. Mais, en pratique, manipuler la viande n’est pas le plus simple. Et une complémentation minérale vitaminée mal faite peut conduire à des carences ou des excès.

Les dangers de l’alimentation végétarienne pour les chats.

C’est une solution théoriquement réalisable, mais il s’agit là d’une cuisine d’assemblage. La qualité protéique n’est pas au rendez-vous et les déséquilibres fréquents.

 Exit le “tout croquettes”, place à la bi-nutrition.

Associer au cours de la journée croquettes et pâtées est une solution pragmatique et économique. Bien qu’à 100 % industrielle, cette pratique simple s’impose désormais comme le nouveau “standard” pour mieux nourrir les chats.

 La nutrition hybride… une solution “écologique” pour les chats !

L’alimentation hybride, c’est la solution santé et plaisir pour les chats, qui panache au quotidien l’alimentation naturelle (viande ou poisson frais) avec l’alimentation industrielle.

LA VÉRITÉ EST TOUJOURS AILLEURS

 

La pâtée… ça fait grossir les chats !

C’est une croyance erronée, car ce sont les croquettes qui font grossir.

Pourquoi mon chat réclame sans arrêt ?

Les chats éprouvent une véritable addiction pour les croquettes. Cette hyperphagie hédonique est une cause d’obésité.

Faut-il craindre une alimentation trop riche en viande ?

Fin d’un mythe. La viande et les protéines ne fatiguent pas les reins. C’est même le contraire.

Faut-il craindre une alimentation trop riche en phosphore ?

Le phosphore, très présent dans la viande, est décrit comme étant le nouveau péril pour les reins des chats. Mais limiter le phosphore dans l’alimentation des chats n’a pas d’effet préventif avéré.

Que penser des aliments sans céréales ?

Méfiance : c’est un argument “marketing” le plus souvent fallacieux.

Il convient de choisir les croquettes limitéees en glucides pour les chats.Pourquoi privilégier les croquettes “limitées en glucides” ?

Le concept “limité en glucides” et son corollaire “riche en protéines” sont de réels arguments nutritionnels pour choisir des croquettes.

 Déchiffrer une étiquette : mission impossible.

Plus encore que la composition, la liste des ingrédients peut être trompeuse. Et les mentions “sous-produit de viande” ou “sous-produit de poisson” cachent des réalités différentes où le pire côtoie le meilleur.

 

MES ANTI-RÉGIMES QUI MARCHENT

 

Comment prévenir la prise de poids après la stérilisation ?

Dès le plus jeune âge de votre chaton, il faut lui faire découvrir une alimentation variée. La bi-nutrition est la solution la plus simple pour prévenir la prise de poids après la stérilisation.

 Obésité sévère et diabète : pas de croquettes du tout !

 L’urgence est ici la “chasse aux glucides”, et le premier renoncement pour votre chat sera celui des croquettes qui sont à l’origine du problème. Ça n’est pas gagné pour autant.

Les régimes spéciaux pour chats insuffisants rénaux : plutôt contre !

Une seule priorité : que votre chat mange et boive suffisamment. Après…

 Les régimes spéciaux pour les chats insuffisants rénaux ne sont pas la panacée.

Le régime “paléo revisité” pour les chats allergiques ou gourmets.

Les rations ménagères, adaptées aux spécificités physiologiques du chat, peuvent résoudre certains problèmes d’allergie… mais c’est aussi un mode d’alimentation plus naturel dont peut bénéficier le plus grand nombre de chats.

 Convertir un chat accro aux croquettes à l’alimentation humide.

La patience, la détermination et quelques trucs sont la clé du succès.

CONCLUSION : “Contrarian ” ou consensuel ?

GLOSSAIRE

 

Achetez ce livre ! Conseillez-le, pour le mieux-être de notre petits félins que nous chérissons ! Dans toutes les bonnes librairies:

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L’abus de phosphore nuit-il à la santé des chats ?

« Certains aliments industriels pour chats, en particulier humides, apporteraient 4 à 5 fois les besoins physiologiques en phosphore. »

Ce constat repris par une vétérinaire experte en nutrition a de quoi intriguer. En effet, l’alimentation ancestrale des chats a toujours été composée d’aliments extrêmement riches en phosphore, à savoir des os, de la viande ou du poisson. De plus, l’alimentation humide industrielle semble très proche de l’alimentation « naturelle » des chats.

Mais l’étude va encore plus loin, en montrant que l‘excès de phosphore serait toxique pour les reins des chats, même chez les sujets jeunes et en bonne santé (1).

Dessin de Philippe BERNARD.

Besoins et recommandations pour le phosphore chez le chat.

Il faut avant tout signaler que cette récente étude a été financée par la Fédération Européenne de l’Industrie des Aliments pour Animaux Familiers (FEDIAF). Rien de blâmable. Il est même légitime pour cette institution de réactualiser ses recommandations nutritionnelles, à la lumière des dernières connaissances scientifiques.

Tout d’abord, les auteurs de l’article affirment que les aliments humides pour chats apportent 4 à 5 fois les besoins d’entretien du chat. Mais en regardant de plus près, ils prennent pour référence les recommandations minimales émises par le National Research Council (NRC) en 2006. Depuis, la FEDIAF a revu ses recommandations très à la hausse en 2012.

En fait, il est très probable que les besoins en phosphore pour les chats ne soient pas parfaitement délimités. Il n’y a ni valeur maximale ni valeur optimale émise pour le phosphore. Alors dans ce cas-là, je me réfère à l’étalon « souris » en vigueur depuis des millénaires pour les chats. Et 100 g de souris fraîches correspondent à 0,5 g de P pour 125 kcal EM (*).

Tableau 1: Apports minimum recommandés en phosphore

Sources g de P / 1000 kcal EM (*)
NRC 2006 0,64
FEDIAF 2012 1,25
Etalon « souris » 4

Ô surprise ! La teneur en phosphore d’une souris est très au dessus des recommandations minimales.

Le taux de phosphore n’est pas mentionné sur les étiquettes.

Par ailleurs, qu’en est-il vraiment des aliments humides ? L’article en question  reprend une vieille enquête, elle-même limitée à un nombre réduit de références. En effet, c’est beaucoup plus fastidieux que de calculer le taux de glucides. Car le taux de phosphore est rarement mentionné sur les étiquettes. Le Dr Lisa Pierson (vétérinaire nutritionniste pour chats) a recensé sur son site des milliers de références d’aliments humides vendus aux Etats Unis (valeurs réactualisées en 2017). Un travail impressionnant ! Contrairement aux attentes, on constate que la majorité des marques affichent un taux de P raisonnable, situé entre 2,5 et 3 g / 1000 cal EM. Soit bien moins encore que notre étalon «  souris » (4 g).

Tableau 2: Apports moyen en g de P / 1000 kcal EM (*) de quelques gammes humides « grand public » 

Purina One 2,8
Sheba 2,36
Gourmet 2,5
Equilibre et instinct 2,5
Royal canin (< 7ans) 2,75
Science diet < 1,8

Alors ne sommes nous pas là encore dans une zone où la science, en voulant tout expliquer, flirte avec l’idéologie ? D’ailleurs, les chats « pré-modernes » étaient majoritairement nourris avec des boites, un peu de mou et du foie de boeuf. Et cette overdose de phosphore ne les empêchait pas de vivre au delà de 20 ans. Ce qui est exceptionnel aujourd’hui !

Pourtant…

Le phosphore serait néphro-toxique pour les chats en bonne santé

Jusqu’à présent, le lien de causalité direct entre le taux de phosphore dans l’alimentation et le déclin de la fonction rénale n’a jamais été démontré.  Même chez les chats insuffisants rénaux, un taux de phosphore élevé dans le sang est corrélé à une espérance de vie plus courte pour ces chats et une dégradation plus rapide de leur fonction rénale. Mais le mécanisme physiopathologique direct n’avait pas été démontré jusqu’alors.

L’étude précédente (1) conclut que sous certaines conditions, trop de phosphore serait responsable de lésions tubulaires rénales, comme observé chez l’homme et le rat: « La consommation d’un régime trop riche en phosphore hautement bio-disponible pourrait avoir des effets néfastes sur les paramètres de la fonction rénale de chats sains ». Net et sans appel ! Néanmoins, le choix des mots est subtil. Quant aux modalités expérimentales, elles sont selon moi trop éloignées des conditions de terrain. Finalement cette étude suscite plus de questions qu’elle n’apporte de véritables réponses.

La première difficulté de cette étude a été d’étudier l’influence du taux de phosphore indépendamment du taux de protéines. Car les aliments riches en phosphore sont aussi riches en protéines. Or les protéines sont elles aussi soupçonnées depuis plus d’un siècle de favoriser l’insuffisance rénale. Ainsi, les auteurs ont confectionné deux régimes ménagers identiques (viande de boeuf et riz) présentant les mêmes teneurs pour les protéines, les vitamines et minéraux… sauf pour le phosphore et le calcium. Ainsi, ils ont ajouté du phosphore sous une forme très soluble dans le régime testé (en gros, de l’acide phosphorique) mais pas de calcium. Finalement, le régime test présentait trois fois plus de phosphore que le régime témoin. Mais surtout le rapport Ca/P était de 0.4 contre 1.3 pour le régime témoin (norme > 1.1 ).

Le rapport Ca/P est extrêmement déséquilibré dans cette expérience. Dans la pratique on ne rencontre jamais de tels chiffres. Car s’il est bien une recommandation nutritionnelle que les industriels du petfood respectent, c’est le rapport Ca/P (à l’exception des aliments dits complémentaires).

C’est le type de phosphore qui est en cause.

Les sels de phosphore utilisés pour le régime test de cette étude étaient particulièrement solubles dans l’eau et en milieu acide (comme dans l’estomac). Cela favorise son absorption rapide dans les premières portions de l’intestin grêle. Autrement dit, c’est le phosphore hyper-digestible qui explique la toxicité rénale dans cette étude.

On savait déjà que le phosphore contenu dans les céréales et les autres sources végétales est moins digestible que celui présent dans les sources animales. Mais selon les auteurs, le plus « mauvais » phosphore provient surtout de sources non organiques. Ni de la viande, ni des végétaux, mais d’une trentaine d’additifs minéraux largement utilisés dans l’industrie agro-alimentaire.

Et ce « mauvais phosphore » serait présent en quantité importante dans l’alimentation humide des chats. Ce point mérite certainement d’être confirmé. Selon moi, cette étude est insuffisante pour mettre en cause la sécurité des aliments humides complets pour chats. Pour que de tels aliments soient dangereux  pour les chats, ils devraient cumuler le double défaut d’un rapport Ca/P très bas et de quantités hors normes en phosphore hyper-digestible. En pratique, cela a peu de chance d’exister.

Consensus scientifique pour le phosphore chez les chats insuffisants rénaux.

En contrepartie, il est un domaine où le phosphore est depuis longtemps montré du doigt, c’est l’insuffisance rénale chronique. Chez les chats présentant un stade avancé d’insuffisance rénale, plusieurs dérèglements physiologiques sont liés au phosphore:

  •  Les chats en insuffisance rénale terminale ont souvent une hyperphosphatémie (taux de phosphore élevé dans le sang). Le phosphore s’accumule dans le sang car les reins défaillants ne parviennent plus à l’éliminer.
  • la progression de l’insuffisance rénale serait favorisée par un dysfonctionnement des glandes parathyroïdes, lui-même induit par l’élévation du phosphore dans le sang. On parle d’hyperparathyroïdie secondaire d’origine rénale.

En fait, il faut surtout conserver à l’esprit qu’un taux élevé de phosphore dans le sang signifie que l’insuffisance rénale est à un stade avancé. Ce qui rapproche effectivement les chats d’une fin inéluctable, sans pour autant en être forcément la cause directe.

Les aliments sans phosphore ne sont pas la panacée pour les chats insuffisants rénaux.

La solution la plus évidente pour ralentir ces mécanismes délétères liés à cette augmentation du phosphore dans le sang est depuis longtemps (chez l’homme) la restriction des apports en phosphore dans l’alimentation. Il est aussi possible d’améliorer cette mesure en ajoutant des chélateurs du phosphore dans la nourriture. En se fixant au phosphore, les sels obtenus ne passent pas la barrière digestive, et sont éliminés… dans les selles. Cette dernière mesure est chère, peu pratique et non dépourvue d’effets secondaires.

En ce qui concerne les chats, les régimes les plus restrictifs en phosphore sont aussi les plus restrictifs en protéines, d’origine animale surtout. Et les chats refusent de les manger. Finalement, c’est contreproductif puisque cela aggrave la dégradation de l’état général des chats insuffisants rénaux.

Néanmoins, certains chats se prêtent au jeu. On peut alors abaisser le taux de phosphore dans le sang, mais cette baisse est d’ampleur limitée. On ne peut hélas pas compter comme chez l’homme sur la dialyse pour débarrasser totalement le sang de son phosphore en excès. Au mieux, on peut espérer ralentir le cours de l’hyperparathyroïdie, mais jamais l’inverser.

Il est probable qu’une alimentation riche en phosphore chez les chats les plus âgés perturbe le métabolisme phosphocalcique, dont le chef d’orchestre est la  parathyroïde. Mais il ne faut pas négliger l’influence d’un autre processus physiologique majeur à l’oeuvre chez tous les animaux, le vieillissement. Une protéine du vieillissement, la protéine Klotho, accélère significativement l’hyperparathyroïdie. Et cela, malheureusement, c’est génétique. Ce qui limite la portée réelle des régimes hypo-phosphorés. Surtout quand c’est pour convertir le chat, un hypercarnivore, en un brouteur de soja.

Effet préventif pour les chats âgés en bonne santé.

Si un régime limité en phosphore et en protéines peut sembler bénéfique  à certains chats insuffisants rénaux, peut-on escompter un effet préventif pour la catégorie des chats les plus « à-risque », les chats âgés ? C’est objet d’une étude publiée en 2016, qui visait à montrer l’intérêt de diminuer « modérément » les protéines et le phosphore dans l’alimentation de chats à l’aube du troisième âge,  fixé arbitrairement à à 9 ans (2).

Cette étude a porté sur une période de 18 mois, ce qui est plutôt rare. Mais faire manger le même régime à un chat pendant un an et demi, relevait de la mission impossible. Alors, pour leur moral, quelques écarts ont été tolérés… En plus des croquettes « senior », la majorité se voyait offrir des petites quantités de pâtées standard ou des aliments humains (poulet, produits laitiers…). Premier biais expérimental.

Enfin, la conclusion de cette étude est peu probante. Il a été observé qu’un régime standard (phosphore et protéines conformes aux recommandations usuelles) avait peu de répercussions défavorables et mesurables sur le fonctionnement des glandes parathyroïdes. Mais surtout, il n’y avait aucune différence significative sur la proportion de chats développant une insuffisance rénale sur cette période d’observation.

En conséquence, le bien-fondé d’aliments pour chats âgés, formulés sur la seule base d’une réduction de phosphore et de protéines, est donc discutable.

Ce qu’il faut retenir du phosphore pour les chats

Les chats mangent depuis leur origine des proies riches en phosphore. C’est parce que ce minéral est vital pour eux (fonctionnement neuronal, mécanisme énergétique des cellules musculaires, minéralisation du tissu osseux). Mais surtout, le chat est apte à gérer des quantités de phosphore très supérieures aux autres animaux. Les données extrapolées d’observations faites sur l’homme ou les rongeurs de laboratoire sont sujettes à caution. Il en est de même des recommandations nutritionnelles officielles.

Pour les chats insuffisants rénaux, le taux de phosphore optimal n’est pas scientifiquement déterminé. Mais la teneur idéale se situe probablement à un niveau modérément restrictif ( 1 à 1.5 g / 1000 cal, selon moi).

Pour les chats en bonne santé, c’est le ratio Ca/P le plus important. Les régimes à base de viande (« raw food ») doivent absolument être complémentés et équilibrés avec une source de calcium notamment. Les C.M.V. comme VIT’I5 Little Ca:P=3 ou TC Premix conviennent pour compléter la viande. Par contre, certains régimes de type BARF (à base d’os) peuvent présenter de graves déséquilibres pour le phosphore. Enfin, les aliments complémentaires humides (type ALMO Nature), carencés en calcium notamment, ne doivent pas excéder 15 % des apports caloriques hebdomadaires, surtout chez le chat âgé (3-4 boites de 100 g maxi par semaine).

La viande pour les chats, encore et toujours.

Toute cette belle théorie scientifique est à nuancer du fait de l’extrême variation observée quant à la digestibilité du phosphore. Nous avons mentionné les risques potentiels des phosphores inorganiques, qui sont des sources de phosphore « rapide » susceptible d’affoler les parathyroïdes. Mais ce phosphore n’a rien de commun avec celui qui est contenu dans la viande. Je parle ici de la « vraie » viande. Celle que vous pouvez donner crue ou cuite à votre chat, en complément ou en remplacement de l’alimentation industrielle. Et cela, même pour les insuffisants rénaux.

Victor Menrath, un des précurseurs de la médecine féline en Australie, et spécialiste des maladies rénales du chat, a rappelé son point de vue lors d’une discussion sur un forum pour vétérinaires félins (2018):

Après 40 ans de pratique vétérinaire, j’en viens à la conclusion que les chats insuffisants rénaux se portent bien mieux, vivent plus longtemps et conservent un aspect moins misérable, lorsqu’ils sont nourris avec de la viande crue, la plus grasse possible, du foie, une fois par semaine et un complément en vitamines B. Je sais que cela va à l’encontre de la pensée moderne, mais ceci est mon observation.

Une des explications de cette observation est peut-être à rechercher du côté d’un nouveau chélaleur du phosphore. Cette substance, en abondance dans la viande fraîche, est ni plus ni moins que la vitamine B3. Plusieurs études menées chez l’homme depuis 2013 démontrent l’efficacité de la vitamine B3 pour abaisser le taux de phosphore dans le sang. En effet, pour traverser la barrière intestinale, le phosphore passe au travers de canaux, qui se ferment en présence de vitamine B3.  C’est pourquoi la vitamine B3 se comporte comme un chélaleur du phosphore. Vingt cinq milligrammes par jour de B3 (sous un forme particulière), soit l’équivalent de 130 g de viande de poulet, diminue le phosphore dans le sang de 20 % en moins d’un mois chez le chat (données personnelles non publiées). .

La nature n’est-elle pas bien faite? Je vous laisse réfléchir…

Références:

(1) DOBENECKER B. et al – Effect of a high phosphorus diet on indicators of renal health in cats – Journal of Feline Medicine and surgery (2017).

(2) GEDDES R.F. – The Effect of Moderate Dietary Protein and Phosphate Restriction on Calcium-Phosphate Homeostasis in Healthy Older Cats – J Vet Intern Med (2016).

(*) Abréviations:

  • P = Phosphore
  • kcal EM = kilocalories d’énergie métabolisable.