2018 pour les chats: « On ne croq’ plus, on soupe ! »

En ce début d’année, c’est le moment de formuler nos bonnes résolutions. Alors, si ce n’est pas encore pas fait, c’est l’occasion d’envisager l’abandon du régime « tout-croquettes » pour votre chat, et passer à l’alimentation mixte (ou bi-nutrition).

Peut-être avez-vous déjà tenté de le faire, sans succès. Il est vrai que surmonter l’addiction des chats pour les croquettes est souvent un véritable challenge. Et bon nombre de chats ont eu raison de la patience de leur propriétaire. Mais à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. C’est donc au prix de votre persévérance que vous donnerez une chance supplémentaire à votre chat de rester longtemps en bonne santé.

Dans cette perspective, un nouveau « produit de niche » s’offre aux papilles de ces chats difficiles, ce sont les soupes. Celles-ci semblent souvent très attractives pour eux. De ce fait, elles trouvent incontestablement leur place dans l’arsenal de séduction pour les chats réfractaires à l’alimentation humide.

La soupe, c’est surtout bon pour les grands.

Les soupes pour chats conviennent essentiellement aux chats adultes, car leur densité énergétique est faible, ce qui va à l’encontre des besoins des très jeunes chatons. En favorisant une consommation d’eau supérieure, on intervient à plusieurs niveaux sur la santé des chats adultes.

Comme nous l’avons évoqué dans le précédent article, l’eau qui compose les aliments est l’un des principaux facteurs de satiété pour le chat. Mais en plus, quand les chats d’intérieur ingèrent plus d’eau, ils auraient un niveau d’activité plus élevé(*). C’est ce que montrent plusieurs études récentes. Et cela, même lorsque l’on se contente de mouiller les croquettes. Cela est donc probablement une bonne stratégie pour prévenir ou diminuer l’obésité des chats.

Enfin, pour les chats présentant des problèmes urinaires, il est primordial de stimuler leur consommation d’eau. Plus celle-ci est importante, moins la saturation relative en struvites et oxalates de calcium des urines est élevée. Ces cristaux sont les principaux responsables des calculs urinaires chez le chat. Ainsi, on a pu montrer que la densité urinaire diminuait fortement lorsque l’on passait d’un régime alimentaire exclusivement sec (6,3 % d’humidité), comparé à des régimes intermédiaires, et à un régime uniquement humide proche des proies naturelles du chat (73,3 % d’humidité). Dans ces conditions, les chats urinent aussi plus fréquemment, ce qui diminue encore les risques de formation des calculs (*)

Quels sont les besoins en eau d’un chat ?

Pour faire simple, on peut estimer qu’un chat adulte a besoin de 1 ml d’eau par kilocalorie ingérée. Sachant qu’un chat pesant de 4 à 5 kilos a besoin de 200 à 250 kcal par jour, il a aussi besoin de 200 à 250 ml d’eau. Seuls les chats mangeant une alimentation à 100 % humide parviennent à ce chiffre.

En effet, les chats adaptent leur consommation volontaire d’eau à leur type de régime alimentaire, mais dans une certaine mesure seulement. Ainsi, les chats soumis à un régime humide boivent jusqu’à six fois moins (voire pas du tout) que les croquettivores, qui se jettent sur le bol d’eau dès la fin de leur repas. Mais surtout, la différence est flagrante lorsque l’on considère la consommation totale d’eau, issue à la fois des aliments et de l’eau de boisson. Sans surprise, elle est la plus basse avec le régime sec. Et l’alimentation exclusivement humide sous forme de pâtée est la seule qui est à même de couvrir l’essentiel des besoins en eau des chats.

De plus, il est probable que la composition différente en macro-nutriments de ces différents régimes contribue à une prise d’eau différente. En présence de taux protéiques supérieurs, ce qui est le cas des pâtées, les chats boivent davantage. Enfin, la texture collante des pâtées, du fait des agents gélifiants qui la composent, semble aussi stimuler la prise d’eau après le repas.

D’ailleurs cette sauce déplaît rarement aux chats. C’est même un régal pour eux. Au point que bon nombre d’entre eux délaissent les bouchées (de viande). C’est probablement ce qui a motivé les industriels à développer les soupes pour les chats. Alors étudions de plus près comment ces soupes peuvent participer aux besoins hydriques et nutritionnels des chats.

Les soupes pour chats… des aliments complets ou complémentaires ?

Pour certaines références, comme Gourmet Crystal ou Sheba Classic Soup, il s’agit clairement d’aliments complémentaires, sans additifs, mais potentiellement carencés en taurine et vitamines thermolabiles (thiamine). Ces marques misent sur le goût et la texture de leurs savoureux bouillons. On accède à une nouvelle dimension, celle de l’expérience gastronomique pour les chats. Et d’après certains témoignages, le plaisir semble réel. Le choix d’ingrédients « nobles », plus goûteux et riches en protéines y contribue beaucoup. En conséquence, le taux de glucides y est modéré, mais pas optimal (10 à 20%). Les fabricants recommandent de consommer un sachet par jour, en plus d’un aliment complet. Cet amuse-bouche de 40 g est donc très loin du compte pour couvrir les besoins en eau de votre chat. Mais c’est déjà un début.

Chez Whiskas, la spécialité c’est la sauce. Et bon nombre de chats en sont friands. Avec les soupes Whiskas, les chats retrouvent le goût Whiskas, mais avec encore plus de sauce. En outre, les nutriments sont en quantité et proportion équilibrées, ce qui autorise à ces soupes de prétendre au qualificatif d’aliment complet. Mais peut-être un peu trop riche en glucides (25 %). Sur la base de ce seul critère, ces aliments seraient plutôt médiocres. C’est toujours mieux que des croquettes à 40 % de glucides. C’est donc à proposer sans modération aux irréductibles croquettivores, qui ne boivent pas assez. Mais par la suite, il faudra envisager mieux si l’on veut diminuer significativement la part des glucides dans leur alimentation.

Le véritable point positif de ces produits, c’est donc qu’ils constituent véritablement un apport complémentaire en eau.

A part la soupe, comment passer votre chat à l’humide ?

Lorsqu’un chat a une préférence alimentaire bien établie, c’est extrêmement délicat de lui faire quitter sa zone de confort. Il a tendance à se méfier de la nouveauté, il est néophobe, C’est surtout problématique lorsqu’il n’a pas fait l’expérience très jeune de la diversité. Et pour certains chats, il faudra bien plus qu’une soupe onctueuse et délicieuse, déposée sous son nez, pour qu’il daigne manger autre chose que ses croquettes « qu’il adore ».

Passer un chat à l’humide requiert beaucoup de patience et d’astuce. Pour certains chats, cette transition demandera jusqu’à trois mois. En premier lieu, il faut utiliser la sensation de faim qu’éprouve naturellement votre chat. Pour ces chats obstinés, il faut donc d’abord arrêter l’alimentation en libre-service. Car la nouveauté ne l’intéressera pas si son bol de croquettes est plein. A l’inverse, ne le privez pas de nourriture pendant 24 heures. Cette frustration a davantage de chance de créer une aversion définitive pour cette nouvelle pitance.

Il faut du tact et de la mesure. Instaurez un rythme de deux distributions de croquettes par jour, en accentuant petit à petit le déficit calorique journalier (20 grammes de croquettes matin et soir, par exemple). Laissez ces repas à disposition pendant 20 à 30 minutes, puis retirez les. Au bout de quelques jours de restriction, essayez alors de présenter un peu de pâtée (ou soupe) à votre chat.

Si à ce stade, il refuse encore la pâtée, il faudra diminuer davantage les portions de croquettes (sans passer sous les 50 % de ses besoins caloriques). Souvenez-vous d’être patient et de ne pas vous décourager. Vous pouvez aussi faire précéder les repas par une séance de jeu, ou avoir recours aux puzzles alimentaires pour chats. L’exercice stimule l’appétit.

Quelques trucs quand il ne mange pas sa soupe.

Pour les chats les plus réfractaires, voici quelques idées supplémentaires:

  • caressez votre chat lorsqu’il est devant sa pâtée
  • passez sur ses lèvres votre doigt imprégné de sauce
  • essayez plusieurs textures et goûts différents
  • incorporez quelques morceaux de poulet cuit ou poisson dans la pâtée
  • pilez des croquettes, que vous saupoudrerez sur la pâtée ou la soupe
  • saupoudrez dessus un peu de fromage râpé ou parmesan
  • saupoudrez un peu de Fortifiora (probiotiques)… une petite pincée comme du sel de truffe pour vos plats
  • mélangez quelques croquettes avec seulement la sauce des pâtées
  • ou inversement, mélangez quelques bouchées humides avec les croquettes

En conclusion, les soupes pour chats sont une excellence façon d’amener votre chat à boire ses aliments avec plaisir. Mais pour le qualitatif, il faudra aller plus loin dans la sélection de l’alimentation humide de votre chat. Si votre chat mange le minimum préconisé de 100 g de pâtée par jour, celle-ci devrait comporter idéalement moins de 10 % de glucides. Il est préférable de diviser cette quantité en deux repas matin et soir, et d’ajouter une à trois cuillères à soupe d’eau, versées dessus.

Enfin, les soupes pour chats sont souvent chères, jusqu’à 3 € les 100 g pour certaines. Composée de 88 % d’eau, cela nous fait quand même 34 euros le litre d’eau.  A ce prix, même si votre chat ne lèche que la sauce des sachets-fraîcheur classiques, le bénéfice pour votre chat serait équivalent, mais très supérieur pour votre portefeuille.

Bonne année 2018.

Dessin Philippe BERNARD.

(*) D.G.Thomas -The effect of changing the moisture levels of dry extruded and wet canned diets on physical activity in cats – Journal of Nutritional Science (2017)

« Limité en glucides »… le critère nutritionnel pour les chats.

 Le Gluci-score pour promouvoir les aliments les moins délétères pour les chats.

A partir d’avril 2017, un étiquetage nutritionnel va se généraliser à tous les produits humains vendus en supermarché, afin de nous inciter à acheter des aliments plus sains, moins gras, moins salés ou moins sucrés. Sur le même modèle, je propose donc le Gluci-score, un nouveau logo pour promouvoir les  aliments les moins délétères pour les chats.

Plutôt que la mention « sans céréales » qui doit mettre en alerte votre sens critique, il faut privilégier les aliments formulés selon le concept « Low Carb » pour les chats, c’est à dire limités en glucides. La mention « sans céréales » est un argument de vente non pertinent, alors que le taux de glucides est une véritable  information nutritionnelle. C’est probablement la pierre angulaire de la nutrition féline, tout le reste n’étant que détail.

Les aliments « Low Carb » respectent mieux les besoins des carnivores domestiques. De facto, ils sont aussi plus riches en protéines et incorporent moins d’ingrédients d’origine végétale de toute sorte. Toutefois, les croquettes ne  seront jamais la panacée. Mais si leur taux de glucides est maîtrisé, elles pourront participer à l’alimentation mixte de votre chat (bi-nutrition ou alimentation hybride). Continuer la lecture de « Limité en glucides »… le critère nutritionnel pour les chats.

La vérité sur … les aliments « sans céréales » pour les chats.

Certains prétendent que les céréales sont souvent à l’origine d’allergies alimentaires chez les chats . Et bien c’est faux !Les aliments « sans céréales » surfent sur la tendance actuelle, suscitée par notre souci d’individualisation et de médicalisation de l’alimentation. Par effet de contagion, via internet et les réseaux sociaux, nos matous ne sont pas épargnés. A l’image des aliments bio ou véganes, cette modeste niche de marché subit une expansion significative, surtout pour les croquettes. Et votre chat risque bientôt d’avoir beaucoup de difficulté à satisfaire les goûts de ses congénères, lorsqu’il les invite à partager sa pitance industrielle !

Mais qu’est-ce qui cloche dans les grains de céréales ? L’amidon, les protéines (le gluten), les fibres ? Ou bien, n’est-ce pas plutôt les industriels du Petfood qui ont un grain ! Continuer la lecture de La vérité sur … les aliments « sans céréales » pour les chats.